BALLADYNA-WITCH & THÉÂTRE DE RÉVOLTE
POLISH PRESS Journalist - BEFORE 2001 / FRANCE: Associate de la SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs & Éditeurs de Musique) / Associate of The International Dance Council CID (2011-2012) /
Dancer & choreographe of the POLISH Association of Independent Dancers (2000) / PARIS-Micadanses (2006) /
Hors-la-loi (From 2001 - 2016) / AU-DELÀ-de-la-loi (From 2016)


ARTIST & WARRIOR'S AND THÉÂTRE DE RÉVOLTE'S HISTORIC WEBSITE

 

"THÉÂTRE... ET LA VIE" / TEXTES SUR THE (DANCE-)THÉÂTRE

LA "VÉRITÉ" DANS LE THÉÂTRE DE LA VIE:
JUSQU'À... OÙ PEUT ALLER L'IMAGINATION

/TEXTE PUBLIÉ SUR LE "WORDPRESS", LE 15.09.2010, SOUS LE TITRE
"APRÈS VIVRE LA BARBARIE (...)"/



__________



Le grand maître de théâtre dit :
« Tout théâtre cherche à être un miroir de la vie, mais ce miroir est rarement complet. Souvent l’accent n’est mis que sur le négatif (la pauvreté, l’injustice). Ou alors il y a le théâtre bourgeois qui donne une fausse image de la vie en rose. L’honnêteté de ce théâtre des townships {les propos sont une réponse à la question « Qu’est-ce qui vous émeut le plus profondément dans le théâtre des townships? » – inf. aut*} est d’exprimer deux vérités inséparables: celle de la douleur, de la misère de la condition humaine, et en même temps cette possibilité, à l’intérieur de chaque être humain, quelles que soient sa race et sa situation, d’affirmer avec joie le fait d’être en vie ».
Ensuite, le metteur en scène qui a vu tous les coins du monde et travaillé partout, s’enchante et étonne de ce qu’il nomme un « miracle sud-africain » :
- « La résistance passe-t-elle par le jeu ? » – le demande Anne-Sylvie Sprenger**.
- « C’est inséparable. Le ludisme est une forme d’expression tout à fait naturelle. Le miracle sud-africain, c’est justement la santé et l’optimisme de la campagne qui n’a pas été encore brisé et qui respire à travers la misère des bidonvilles. Dans les rues des townships, chacun exprime ce qui lui est arrivé la veille avec humour et vitalité. Ce partage se fait comme une affirmation du fait que, quoi qu’il arrive, aujourd’hui nous sommes là. Hier nous étions en danger de mourir et aujourd’hui on vit ».
Petite digression nécessaire :
Car voilà : tout change, quand nous ne pouvons pas de le dire : de dire – « aujourd’hui, on vit ».
Après les mots de Peter Brook, on peut se dire aussi, que visiblement, il y a les bidonvilles, et les bidonvilles.
Ceux vus par les yeux d’un artiste enchanté – et ceux, où on vit – et que seulement pas nombreux de ceux-de-dehors arrivent de voir avec les yeux un peu plus ouverts.
Est ce que vous avez lu ce texte, de Stéphane Mauchand – où l’auteur, qui pourtant, lui aussi, n’est qu’un passant – nous décrit le bidonville vu sans ce beau enchantement, qui fait un tel plaisir si on est un passant, et s’il peut être ressenti… ?
Tout change, quand « aujourd’hui » qui est celui de maintenant, et un « aujourd’hui » qui sera demain, et cet autre « aujourd’hui » qui était hier, et… milles des « aujourd’huis » futurs – car on nous ne donne pas d’espoir – on va entendre que le fait que « nous vivons », n’est pas la vérité.
Tout change, quand on voit que « TOUS, effectivement – sont « là » : mais pas vous ».
Tout change – et c’est avec les mots des grands maîtres du théâtre compris – quand vous – n’est qu’un  e x c l u  de la grande communauté humaine : vous n’êtes pas « là », on n’hésite pas de vous le répéter chaque fois – et vous n’en avez pas des mêmes droits que tout le reste de ceux qui vous apprenez alors nommer « la masse ».
Désormais, vous êtes solitaire.
TOI, tu es solitaire.
On veut te Tuer, ne le tu sais pas… ?
Tu t’en fiches car, dans tous les cas, tu ne le laisseras pas.
Mais, ils vont faire tout pour te rendre non-existant.
Tu leur fais peur : ta présence peut être dangereuse pour leurs portefeuilles, sûrement – et, parfois, pour leur vanité, leur estime de soi et leur prétention d’être seuls sur ce monde.
Fin de la digression.
C’est à ce court constat, prononcé dans le ton tellement certain comme s’il était vrai et objectif : constat nous disant que « souvent {dans le théâtre} l’accent n’est mis que sur le négatif (la pauvreté, l’injustice) », que je veux consacrer ce texte.



***


Puisque quand Peter Brook dit que « Tout théâtre cherche à être un miroir de la vie, mais ce miroir est rarement complet » – cette vérité le concerne aussi.
Nous ne nous rendons pas compte de grandeur et de désespoir de ce que le grand maître (ce texte est écrit avec le respect pour sa création, son art, et ses essais - je répète : les ESSAIS – de l’« ouverture » vis-à-vis de ce qu’il ne connaît pourtant pas, car n’a pas VÉCU lui-même. Le grand POURQUOI de ce que ces essais ne peuvent être que infructueuses, je vais décrire dans la deuxième partie de ce texte) …nous ne nous rendons pas compte de grandeur et de désespoir de ce que le grand maître nomme : « la pauvreté, l’injustice », sur lesquelles, selon lui, « l’accent est mis » en rendant le théâtre un miroir pas complet et subjectif de la vie.
Car, si certains artistes arrivent, d’y « mettre l’accent », ce n’est pas par leur « recherche de le mettre », une recherche de souligner les choses que les bourgeois et malheureusement aussi les gens plus nobles que les bourgeois : ceux qui peuvent pourtant passer à côté en les observant – nomment avec le ton méprisant et les mines légèrement ennuyées : les choses « négatives ».
Si certains artistes arrivent, d’y mettre l’accent – c’est PARCE QU’ELLES EXISTENT, ET PARCE QU’EN VRAIE VIE ELLES EXISTENT ENCORE PLUS FORTEMENT, ET ETANT BEAUCOUP, INCOMPARABLEMENT PLUS GRANDES, QUE DANS LES PIECES QUI « Y METTENT ‘L’ACCENT’ » ET QU’IL SOIT POSSIBLE DE LE MONTRER DANS UN THEATRE.
Faut vivre une vie privilégiée, et tenir les yeux assez fermés, pour ne le pas voir.



***


« Né le 21 mars 1925, Peter Brook appartient à une famille londonienne très aisée et très cultivée d’origine russe. Après des études à Oxford, il manifeste très tôt un vif intérêt pour de multiples activités artistiques (cinéma, théâtre, littérature, opéra, arts plastiques et musique)… »
Il n’est pas étrange, qu’un artiste au passé privilégié comme celui-ci, un artiste qui d’abord : a heureusement eu le DROIT et la possibilité de vivre en aperçoivant et en atteignant les choses autres que le désespoir (ce dont n’ont pas eu ceux dont raconter l’accablement et l’oppression il voit « mettre l’accent aux choses négatives »), évoque le théâtre qui montre ces choses-là à la façon la plus crue – comme un faux miroir de la vie.



LA « JOIE D’ÊTRE EN VIE »



Et bien, dites la même chose aux milliers des condamnés – car ils ne sont que les condamnés – des banlieues ou des centres des villes, ceux qui n’ont jamais eu d’occasion ni de même chance que celle qu’ont eu ceux qui ont pu devenir les réalisateurs du théâtre et qui ont pu aussi ensuite ESSAYER d’atteindre le savoir sans vivre le désespoir ; dites tout ça à ceux qui n’ont même pas eu de chance de découvrir de la scène ni de l’aimer. Dites – le, aussi à cette femme violée, ou à une fillette condamnée à devenir une pute : dites… ! Dites – les mots d’un homme d’une « famille osée », qui n’a jamais eu de  d e v o i r  d e  v i v r e  ce qu’il prétend de « connaître », en le prétendant seulement car il « voyait beaucoup ».
Dites-le.
Dites, que le théâtre « n’est pas vrai, car et quand il montre les choses « négatives » : car c’est seulement qu’il y « met l’accent ».
Dites, que c’est le rire – en vrai superficiel – et le comportement qui masque la souffrance, chez les dégradés et des pariatisés de ce monde – qui est la vraie-vérité de la vie et du théâtre… !
Peut-être ce sera la première chose qui les fera… rire sincèrement ; mais combien ce rire sera autre que celui que vous entendez dans vos comédies qui vous détendent et apportent du plaisir d’oublier.



MAIS JE VOUS DIRAI L'AUTRE CHOSE.



- « Ils arrivent encore rire… ! » – cet enchantement, je vivais moi-même, quand j’étais allée à l’Inde, en Pakistan et dans certains lieux en Iran (et oui – même là les gens, les femmes, arrivent encore rire, ne serait-ce incroyable… ?! Les regards murés des détenues à prendre en compte et apercevoir seulement par ceux qui… veulent les voir).
Je n’ai pas pu accéder au même enchantement au Téhéran, ni en cette petite ville de Rajasthan où une femme, bien habillée, en beau sari rose et au visage pale, avec deux enfants, s’est accrochée à moi en me demandant avec affolement dans les yeux de lui rendre possible de s’échapper à un mari-primitif qui la frappait et la harcelait, ou de contacter une association qui aide aux femmes oppressées à mon pays.
Je n’ai pas pu accéder au même enchantement…
…Mais comme moi, j’ai pu rire encore le même soir, dans mon hôtel pour les passants – j’aurais pu de me dire que la réalité de cette femme, n’est pas la « réalité de ce monde » ; j’aurais pu penser, en habillant toute cette pensée ignoble dans les mots dont la platitude serait masquée par la pose d’érudition et de la modération nauséabonde – et de me dire que la réalité – est la chose « plus complexe » : la réalité – est la mienne… ! Et comme moi, j’ai pu encore rire…
Après avoir passé par les endroits où j’ai pu quand même m’enchanter, je suis venue en France. Et c’est seulement ici, et seulement beaucoup plus tard, j’ai compris – qu’avant, j’ai pu m’enchanter malgré tout : me concentrer plutôt sur les belles couleurs que sur ma révolte momentanée (car bien sûr… ! je me révoltais – mais Où était l’action… ? dans quelques pauvres écrits pour la presse, dans quelques mots peut-être qui ont suivis… ? moi, qui conservait toujours mon capacité au bonheur, sans être suffisamment atteinte de malheur qui n’était pas le mien… ?) et ma conscience de mon impuissance vis-à-vis des choses inacceptables – car je n’étais qu’une Voyageuse.
Une Voyageuse – dans le monde, dans lequel on ne peut plus fermer les yeux : car tout est visible et tout se raconte – mais, en même temps dans un monde où l’homme, grâce à son intelligence et à son cerveau capable à la manipulation de ses propres observations et de ses propres conclusions tirées de ce qu’il a vu – utilise cette capacité de plus en plus pour se cacher ce qu’il pourrait voir vraiment.
Dans le monde où je m’enchantais de rire étouffé de ceux qui n’avaient pas du tout pour rire, et sans voir de leur étouffement, sans même savoir qu’est ce que signifie ce mot – j’étais une Voyegeuse.
Et un Voyageur ne peut pas s’usurper de droit de dire et de juger ce qui est « vrai » et ce qui n’est pas « vrai » dans un tas des conclusions et des observations momentanées, qui ne sont qu’un effet de son court passage.
Ainsi, les plaisirs d’un bourgeois, ou même d’un noble, car Peter Brook est sans doute ce deuxième – ne sont pas une vérité sur ce monde, et celui qui a fait le spectacle comme « Sizwe Banzi est Mort », et qui n’hésitait pas essayer de VOIR toute la terre – n’a pas droit de dire que montrer la vie sans rire et sans plaisir est un négativisme. Car les vies sans rire et sans plaisir, les vies étouffées et oppressées, les vies sans droit à la vie – existent, et honteusement dans le monde d’aujourd’hui, monde du XXI siècle, ne sont pas une exception.


***


Peter Brook dit d’une part sur le théâtre bourgeois – en l’opposant à celui qui montre seulement, ou même qui « met l’accent » sur ce qu’il nomme « le négatif » – mais ses mots sont les mêmes que j’ai entendus en passé d’un bourgeois qui – lui aussi – avait le DROIT – d’avoir « la joie », contrairement à ceux dont il… ne comprenait pas.
Et que les bourgeois, les privilégiés, les « ceux qui ONT LE DROIT » – osent de critiquer le théâtre qui montre, qui gueule, qui hurle et qui se révolte en MONTRANT effectivement les « choses négatives » (ou plutôt il faudrait dire : « les choses que les bourgeois nomment « les négatives » », et dont les bourgeois n’aiment alors pas) – c’est la chose « normale ». Mais ce qu’ils osent dire que ce théâtre, ne reflète pas de la vérité de la vie – est par contre une chose atteignant l’absurdité, et complètement paradoxale.
Je n’attaque pas ici de Peter Brook, qui en disant sur le négativisme, et  m a l g r é  dire les tels mots – et aussi malgré « avoir vu beaucoup mais ne pas vécu » des certaines choses – « essaie », et essaie sans cesse, comme le metteur en scène du théâtre, d’atteindre ce qu’on n’a pas VECU – et de montrer inatteignable et immontrable.
Le vrai est, que « moi »-bourgeois, « moi »-noble, ou « moi »-qui que ce soit – ne vais jamais CONNAÎTRE de vrai horreur, de la vraie souffrance que connaissent seulement ceux qui peuvent mettre le signe « = » entre ce mot et le mot « vie », ni de la vraie détresse – ni, je ne connaîtrai pas non plus de ce que la vraie détresse, la vraie souffrance, et la vraie privation de DROIT à VIVRE peut faire dans l’âme et la tête d’un condamné à les vivre et en « faire » leurs vies.
Et alors, je N’AI PAS DROIT non plus, de dire que parler sur ça – le  m o n t r e r, ou au moins essayer – est un « négativisme », ou un soulignement négatif de quoi que ce soit.
Le théâtre devrait montrer la vérité ; et de plus en plus souvent il montre le mensonge de la vie.
Car, la vérité, n’est pas celle des bourgeois.
Ni même celle des nobles, même si on se dit que c’est bien dommage.



JUSQU’À... OÙ PEUT ALLER L'IMAGINATION


Suggérer que le théâtre, ou l’art quel qu’il soit – « ne nous montre pas de la vraie vie » s’il « souligne » les choses que nous avons envie de légèrement nommer « négatives », penser que montrer sans euphémisme et sans s’amuser en « prendre en compte la délicatesse et la sensibilité humaine (celle d’un spectateur… !) » les choses atroces et pourtant normales dans les vies de beaucoup – …on pourrait se dire que tout ça, n’est qu’un essai de s’expliquer et de chercher une excuse de notre propre bien-être pendant que les horreurs sur cette terre, et près de nous, ne cessent pas de Exister.
On pourrait dire aussi, que l’humain est un animal surtout lâche, et que jamais il n’arrêtera de se chercher une excuse de son bien-être si l’autre est en malchance. Alors, dire que certaines choses ne sont pas vraies, ou qu’elles sont surdessinées, exagérées, et pendant que nous jouissons de la vie – elles ne sont que négatives.
Et, dire ça serait sans doute le vrai dans les cas de certain pourcentage des individus, et sûrement dans le cas des certains bourgeois – mais l’explication de tel état des choses (de ce qu’on trouve souvent « un négativisme » ce dont l’horreur et la vérité nous dépassent) se trouve ailleurs : l’humain, pèche d’un manque d’imagination – qui n’a pas des capacités de lui rendre possible d’atteindre et de s’imaginer certaines choses.
Malheureusement, il pèche aussi de l’orgueil et de la myopie – et les pauvres capacités de son imagination, ces capacités qu’il s’imagine aussi que grâce à son imagination pas suffisamment performante, il considère suffisantes pour atteindre ce que lui sera toujours inatteignable.
Il ne s’agit pas d’agrésser qui que ce soit par les mots de précédent paragraphe, en l’accusant de « manque d’imagination galopante » – car il faudrait alors attaquer tous et juger tous, avec l’auteure de ces mots compris – pendant que la vérité est, que – aucune imagination n’est pas suffisamment grande, aucune – suffisante.
Le péché – est alors plutôt l’orgueil humain, un manque de l’humilité, et un manque de conscience de ce fait-là.
« CE FAIT-Là », est ce que l’imagination humaine ne peut pas dépasser de certain point.
Le péché le plus répandu d’une part de ceux qui ont le pouvoir de décider sur les vies et des maîtres – et, sur un pôle opposé, de tout un tas des inconscients qui choisissent le cocon de facile inconscience.
Ecoutons ici plutôt Klaus Mann : car il est meilleur connaisseur de l’âme humaine que milles des « psys aux diplômes » et milliers des metteurs en scène du théâtre « grandis dans les familles osées », car – même si venu d’une famille plus que « osée », il a joint ensuite une autre famille humaine : celle des outsiders, des étrangers nulle part chez eux et des batailleurs**** :
« Il y a une différence étonnamment grande entre savoir et connaître, apprendre et expérimenter, « avoir beaucoup, beaucoup lu sur la question, des années durant » et « avoir été une fois sur les lieux pendant trois semaines »*****.
Je dirais, qu’il ne suffit même pas y « être ».
Je dirais, que pour s’i m a g i n e r  certaines choses – mais s’i m a g i n e r  jusqu’à pouvoir les  s e n t i r  – n’a qu’une seule solution, seule façon : les VIVRE.
« L’imagination humaine est limitée » – écrit Klaus Mann. – «  Qui est capable de se représenter des situations dont il n’a aucune expérience personnelle ? »
« Moi… ! Et moi… ! Et moiii… ! » – crieront les dizaines des fanfarons.
Et alors, tous s’« imaginent, et tous « ont l’impression » – celle qu’ils « peuvent s’imaginer les choses » – mais la vérité est que jusqu’à qu’on n’éprouve pas de chose  v r a i m e n t, ne la VIT pas  v r a i m e n t : et pas « observant l’autre » – on peut s’imaginer  R I E N  – et n’avoir que la ridicule « impression » qu’on est capable de « sentir ce que ressent l’autre ». L’impression qui accompagne à l’homme pour qu’il puisse se répéter qu’il est « sensible », « réceptif », empathique – et de se dire encore plein d’autres sottises.
« Qui est capable de se représenter des situations dont il n’a aucune expérience personnelle ? Le poète peut-être » – continue sa pensée Klaus Mann, – « …qui, intuitivement et par habitude, devrait savoir se mettre dans la peau des autres et compatir à leur vie pour pouvoir ensuite lui donner forme ».
Même les poètes, n’ont pas de telle capacité.
Et je peux le dire, car – j’étais, « une poète ».
Peut-être, je peux dire aussi que c’était dans une autre vie.
Et je me souviens – le temps « de poésie », d’enchantement et de la conviction sur ma propre « empathie ».
La conviction – durant jusqu’à que je n’ai pas  v é c u  et  é p r o u v é e  des certaines choses.
Je m’« imaginais » que je peux me les imaginer, moi aussi.
On ne « sait », et on ne peut éprouver que et seulement ce qu’on VIT – et SI on le vit.
Toutes les autres constatations ne sont que les usurpations des menteurs.


***


Mais revenons à l’art, bien sûr celui qui se met un bout autre que « détendre la masse » : si ce soit le théâtre, le cinéma, ou la danse qui nous raconte les histoires.
Devant chaque pièce, chaque image cinématographique, chaque chorégraphie – nous restons et nous ne sommes que ceux qui  e s s a y e n t – de lire, de saisir et de déchiffrer le vrai sens symbolique de ce qu’on  e s s a y e de nous montrer. Car, l’effort de scénariste, de metteur en scène, de réalisateur, de chorégraphe – est aussi un  e s s a i – d’atteindre, par ce qui arrive
s e  m o n t r e r, par ce qui est possible à  s e  m o n t r e r  – ce qui est immontrable (on peut montrer une image, une situation, qui symbolise l’horreur, la souffrance, mais on ne peut pas  m o n t r e r  de leur pur ressenti – comme on ne peut pas montrer d’un ressenti par sa définition).
Le travail d’un artiste du théâtre ou du cinéma est un incessant essai, incessant effort d’atteindre ce qu’atteindre est impossible – et pareil, s’il s’agit du travail et effort du spectateur.



CELUI QUI CRIE : « JE HAIS… !! »



Qu’est ce que je peux savoir, sur l’horreur que je ne vis pas, et que je vois montré au théâtre… ?! Et encore, si on sait qu’il y a les choses dont on ne montrera jamais dans le théâtre – parce que le théâtre n’est pas capable de les montrer…
Est ce que je peux Vraiment – imaginer ce que ressent celui qui crie : « Je – HAIS !! », « JE – HAIS – TOUS et TOUT » sur une scène du théâtre… ? Savoir ce que ressent… non, pas lui : mais le personnage qu’il ESSAIE de nous symboliser, et que lui-même, essaie d’atteindre… ? Est ce que je suis capable… ?
…Savoir peut-être qu’il y a quelques années, il criait : « J’aime ! »… ?
Impossible et infaisable.
Je ne peux que  c o m p a t i r  – aussi superficiellement, malgré mes efforts – et se révolter.
En fait, c’est même ce que j’ai à faire impérativement. Et peut-être déclencher la révolte intérieure est un vrai rôle du théâtre, rôle politique du théâtre – et je ne dis pas ici sur celui des petits bobos ni des bourgeois qui viennent s’amuser dans le Palais des Glaces comme dans un bac à sable. Théâtre – c’est frapper – et FRAPPER FORT – pour que les choses puissent changer.
Me révolter alors.
Mais toujours avec certain genre d’humilité – ce genre qui me permettra de conserver cette conscience-là : que je n’ai pas d’accès à vrai mal de ce dont le  s y m b o l e  je vois sur les planchers, ni à la vraie souffrance  s y m b o l i s é e.
Je ne suis qu’un lecteur de ce qui se cache dans les yeux que je vois, je ne suis qu’auditeur du cri que j’entends.
Et alors… ne jamais parler sur le négativisme dans le cas si sur scène il y ait « trop » de souffrance : souffrance pendant que je sais que pour « moi »-bourgeois, « la vie est joyeuse, la vie c’est un plaisirrrrr… ! » – car la vérité, c’est que la souffrance qui arrive d’être montrée dans le théâtre, ce n’est pas trop encore, et même pas suffisamment en comparaison avec ce qu’on (ne) voit (pas) dans la vie.
Le « plaisirrrr », l’amour, la joie – sont les beaux mots, mais utilisés étonnement beaucoup plus souvent et avec la facilité plus grande par les bourgeois, que par les parias, par les exclus et par ce qui « n’en ont pas droit ». Alors, que les grands maîtres du théâtre continuent de nous dire que ce théâtre qui montre trop l’horreur, « n’est pas vrai, car il met l’accent sur le côté négatif ».
Horreur dans le théâtre – il existe, car il existe dans la vie.



« AVOIR BEAUCOUP, BEAUCOUP LU »



La Haine qui naît et grandit dans le cœur d’un EXCLU – personne ne peut l’imaginer.
Et personne – ne connaîtra jamais de sa grandeur.
Est ce que vous connaissez – qu’est ce que signifie : crier, et crier avec désespoir, qu’on déteste tout le monde… ? Est ce que vous savez – qu’est ce que c’est : le détester vraiment… ? Et comment vous pouvez le prétendre, si vous ne l’avez jamais senti pendant les années entières… ?
On peut essayer ; ou, je dois dire : v o u s pouvez essayer – mais tous vos efforts ne peuvent être que vains et finir en glissant sur le mur d’impuissance.
Ainsi, vous ne connaîtrez pas de révolte – celle qui naît pendant les années et les années – pendant lesquels on est  c o n c e r n é  soi-même et en personne. Les essais – des érudits, les efforts – des « poètes », les tirades des « psys » de tous les genres qui – eux aussi, connaissent seulement ce qu’ils ont vécu (gare alors à ces derniers, les usurpateurs de la connaissance d’âme de l’autre : quel culot de le prétendre…) ne sont que les jeux d’imposture, n’ayant pour le bout que caresser l’amour propre de ces derniers.
L’âme humaine exige d’une chose fondamentale si on veut s’y approcher et l’atteindre : l’humilité, dont je parlais tout à l’heure. Ne marchez pas dans les chaussures sales, les chaussures des usurpateurs de « connaissance », sur l’âme de celui dont vous ne connaîtrez jamais. C’est seulement l’âme de nous-mêmes, que nous pouvons prétendre et avoir l’espoir de connaître un peu.



***


On peut avoir facilement L’IMPRESSION – qu’on atteint la vérité et la vraie dimension de ce qui nous était raconté par une métaphore d’art : et pourtant raconté déjà dans la forme symbolique, habillé dans l’euphémisme du théâtre – mais, la prouve que ce qu’on pense n’est qu’une impression, on trouvera nous-mêmes : le moment quand, après nous avoir indigné, et après avoir regretté les personnages du drame, ou après même nous insurger – nous revenons à nos maisons et nous passons au calme préparation d’un dîner sans plus penser sur le sort d’une fille violée ou incisionnée, d’un homme torturé ou d’une femme condamnée à subir éternelle soumission aux imams.
« Quand l’imagination manque de vigueur, la bienveillance envers autrui est toujours superficielle et éphémère » – voilà la dernière citation d’écrivain et de meilleur connaisseur de l’âme que les autres, Klaus Mann******.
Et, je peux dire, que vu ce qui se passe sur ce monde – « l’imagination » est toujours en manque : car, CERTAINES CHOSES QUI ARRIVENT AUX AUTRES, ON N’EST PAS CAPABLES DE SENTIR, NI DE L’EPROUVER SUR NOTRE PROPRE PEAU ; la vérité sur l’imagination humaine paresseuse et pauvre, j’ai pu constater ici par l’expérience propre – mais malheureusement pas seulement ça : car malgré ce qui pourrait me satisfaire, j’ai du constater aussi que l’imagination des gens, de l‘homme, est paresseuse jusqu’à ce point qu’elle s’obstine d’assumer et d’admettre le « savoir » même de certaines choses qui lui seraient racontées – et alors dont il n’aurait aucun besoin de se les « imaginer » ni de faire effort.
On arrive ici pourtant jusqu’à la conclusion dépassant déjà le problème d’imagination – et on atteint le problème de la peur : cette honte de l’humain : une honte dont il n’a jamais eu de capacité de dépasser. Mais – c’est déjà un sujet auquel il faudrait consacrer un autre texte, beaucoup plus long, et certainement beaucoup plus dur à lire pour… certains êtres pas courageux.


FIN DE L'ARTICLE

_____________

Lien AU TEXTE SUR:




WORDPRESS


MySpaceBLOG

_____________



NOTE D’EXPLICATION :
Publié sur "WordPRESS" et MySpace, ce texte avait un Avant-Titre: « Après Vivre la Barbarie » - et pas - s'il vous plait de prendre en compte - « après l’avoir (seulement) vue ». Comme c'était déjà dit dans le texte – « voir » – ne signifie pas de grande chose quand on parle de « sa-voir ». Ceux qui ont « vu », caressent bien sûr leur amour propre en annonçant et en prétendant qu’ils ont atteint & compris... ce qu'ils n'en arrivent alors pas.
En réel, l'arrogance et la vanité des "informés grâce au regard", celui-là restant toujours de l'extérieur, les rend éternellement aveugles.


* Les citations parviennent de l’interview avec Peter Brook
« Mon grand ennemi, c’est l’opéra traditionnel » (Anne-Sylvie Sprenger,
dans : « 24 heures », Lausanne, 20 avril 2006).
** Ibid.
*** Citation du voyage de Stéphane Mauchand vous trouverez dans le texte « Exterminez-les… ! »  de ce blog.
Site de Stéphane Mauchand : http://www.myspace.com/stephanemauchand
**** Klaus Mann était le fils de l’écrivain Thomas Mann et de Katia Pringsheim.
D’abord outsider de la famille, dans l’art sa position « esthétique » s’est transformé en celle d’artiste engagé,
comme la suite d’impératif de s’opposer contre le régime nazi en Allemagne.
Déchu de sa nationalité, il a choisi le chemin d’étranger dont les fruits sont les nombreux textes,
« d’une vigueur et d’une clairvoyance remarquables ».
***** Klaus Mann : « De retour d’Espagne » ; dans « Contre la barbarie (1925-1948) », Phébus, Paris 2009.
****** Klaus Mann : Appel aux amis » ; dans « Contre la barbarie (1925-1948) », Phébus, Paris 2009.



LES AUTRES TEXTES
DU CYCLE« THEÂTRE... ET LA VIE  »

SUR WORDPRESS: